Le football féminin gagne en visibilité, mais ses joueuses ne bénéficient pas toutes d’un emploi stable. FIFPRO présente le 12 octobre 2026 une enquête et des entretiens auprès d’environ 800 joueuses dans le monde. Le communiqué du syndicat international décrit un salaire mensuel moyen de club, corrigé de l’inflation, qui a triplé depuis 2017 pour atteindre 2 601 dollars. La médiane annoncée est bien plus basse : 1 669 dollars. La croissance est réelle dans les résultats présentés ; sa distribution constitue une autre question.
La moyenne additionne les rémunérations et les répartit entre les observations. La médiane partage leur distribution en deux moitiés. Un écart important entre les deux indique que la rémunération moyenne ne représente pas à elle seule la position centrale des salaires recueillis. Ces chiffres synthétisent des situations de pays et de ligues différents : ils ne constituent ni un salaire minimum international, ni le bulletin de paie d’une joueuse française.
La moyenne monte, la médiane reste en retrait
Le risque de départ montre la fragilité de certaines carrières. Dans l’enquête, 49 % des joueuses disent envisager de quitter le jeu avant la fin de carrière qu’elles auraient souhaitée. Parmi ce groupe, 59 % citent des raisons financières et 46 % le stress psychologique. Ces deux dernières proportions portent sur celles qui envisagent le départ, pas sur toutes les répondantes. Elles décrivent des motifs déclarés, et non le nombre de retraites déjà décidées.
Le revenu du mois n’est d’ailleurs qu’une partie de la sécurité professionnelle. FIFPRO donne une durée moyenne de contrat de dix-neuf mois, contre douze environ lors de son précédent état des lieux. Une durée accrue laisse davantage d’horizon, mais ne règle pas à elle seule la protection sociale, les périodes entre deux engagements ou les moyens du club. Dans le communiqué, 47 % des joueuses estiment que les effectifs de personnel de leur club sont insuffisants. Pouvoir s’entraîner et être accompagnée dépend aussi de ces ressources.
Un départ envisagé n’est pas une retraite actée
La santé mentale apparaît à la fois dans les motifs de départ et dans les besoins de soutien. Selon FIFPRO, 57 % des répondantes déclarent avoir rencontré des difficultés, et la moitié de ce groupe n’a pas reçu d’aide de son club. Ce sont des réponses d’enquête, pas des diagnostics cliniques établis par L’Enjeu. Dans le questions-réponses publié par le syndicat, sa directrice du football féminin Alex Culvin demande un soutien obligatoire centré sur le bien-être, indépendant des objectifs de performance.
Les protections collectives demeurent peu répandues dans les compétitions étudiées. Huit des trente ligues nationales analysées disposent, selon le communiqué, d’un accord collectif avec les joueuses par l’intermédiaire de leurs syndicats. FIFPRO réclame des standards opposables dans les contrats sur la rémunération, les installations, le personnel et la santé. L’enjeu est de faire passer une amélioration souhaitée du statut de bonne pratique à celui de condition d’emploi qui peut être revendiquée.
Du soutien souhaité au droit opposable
La parentalité offre un cas concret de progrès, avec des limites. Parmi les joueuses envisageant un départ anticipé, 19 % citent aujourd’hui le projet de fonder une famille. Culvin met cette évolution en relation avec les règles de maternité introduites par la FIFA en 2021 et la visibilité accrue de joueuses devenues mères. Elle précise aussi qu’une prolongation automatique du contrat en cas de grossesse ne figure pas dans ces règles. L’interprétation du syndicat ne démontre pas, à elle seule, la part exacte de chaque cause dans l’évolution.
Une carrière durable exige donc plusieurs continuités : être rémunérée, disposer de temps sous contrat, accéder aux soins et exercer des droits. Les documents publics consultés exposent des résultats agrégés et les demandes de FIFPRO ; ils ne publient pas dans ces pages le détail complet de l’échantillonnage ou des réponses par championnat. Ces résultats éclairent la distribution des progrès, sans permettre de classer chaque ligue ni de transformer le succès de quelques clubs en protection acquise pour toutes.



