Deux rues proches peuvent exposer leurs passants à des chaleurs très différentes. Une avenue ombragée et un parvis minéral ne reçoivent pas le soleil de la même manière. La carte du 6 août 2024 autour du parcours du marathon de Paris rend ce contraste visible : les secteurs bâtis apparaissent chauds, les espaces boisés beaucoup plus frais. Elle décrit les surfaces, pas la température de l’air respiré.
Ce jour-là, le satellite Suomi NPP a observé la zone à 13 h 40. Dans le dossier consacré à cette carte, les températures de surface vont d’environ 43 °C près de la ligne de départ à 25 °C dans les zones fortement boisées, tandis que l’air a culminé à 28 °C. Comparer 43 et 28 comme deux mesures du même phénomène ferait disparaître leur différence : l’un concerne un matériau, l’autre l’air.
La chaleur a plusieurs mesures
Surface, air, exposition : comprendre ce que mesure une carte thermique.

Températures de surface autour du parcours du marathon de Paris, le 6 août 2024 à 13 h 40. Données VIIRS affinées avec Sentinel-2 ; ce ne sont pas des températures de l’air.
NASA Earth Observatory / Wanmei Liang et Michala Garrison · données VIIRS et Landsat / USGSDocument original et méthodeDeux dates différentes. La carte thermique combine VIIRS et un affinage avec Sentinel-2 ; une maille affinée à 20 m n’est pas une mesure thermique native à 20 m.
Le satellite observe la température de surface : toits, chaussées, arbres. Le 6 août 2024, à 13 h 40, elle atteint environ 43 °C au départ du parcours et 25 °C dans les secteurs boisés.
La surface et l’air ne mesurent pas la même chose
La résolution de la carte a aussi une histoire. Les données thermiques VIIRS ont été affinées avec des informations de réflectance de Sentinel-2 et des méthodes d’apprentissage automatique, pour passer d’environ 375 à 20 mètres par pixel. Les détails supplémentaires sont une estimation reconstruite à partir de plusieurs jeux de données ; ils ne viennent pas d’un capteur thermique qui aurait directement observé chaque portion de vingt mètres.
Les arbres agissent par deux mécanismes. Leur feuillage intercepte une partie du rayonnement et crée de l’ombre. L’évapotranspiration utilise de l’énergie pour transformer l’eau en vapeur et contribue au refroidissement. Ces processus, décrits par l’agence américaine EPA, dépendent d’un végétal vivant et de ses conditions de fonctionnement : planter n’est pas encore disposer d’une canopée capable de protéger les usages.
L’ombre répond à une exposition concrète
La question utile pour un piéton est souvent l’exposition directe au soleil. Dans le dossier parisien, la climatologue Ariane Middel souligne l’intérêt de l’ombre pour réduire la charge thermique du corps. Un sol végétalisé peut améliorer une surface, mais un parcours ombragé répond à une autre partie de la contrainte. Une politique de fraîcheur doit donc regarder les trajets et les heures, pas seulement la couleur moyenne d’un quartier.
Les nuits demandent un examen distinct. Les matériaux qui ont emmagasiné de la chaleur pendant la journée peuvent la restituer ; les logements et les rues ne récupèrent pas tous au même rythme. Les données d’air, relevées au bon endroit et à des horaires adaptés, complètent alors les images de surface. Une carte prise en début d’après-midi ne permet pas de décrire seule l’exposition nocturne des habitants.
Mesurer pour aménager les usages
L’EPA recommande de définir d’abord ce qu’on cherche à réduire : risques sanitaires, consommation d’énergie ou points chauds. Les réseaux de capteurs ont leurs propres limites de couverture ; les satellites ont des heures de passage et sont sensibles aux nuages. Combiner ces observations évite qu’un investissement soit décidé uniquement sur la zone la plus rouge d’une image spectaculaire.
Le choix d’un arbre, d’un revêtement ou d’une structure d’ombre engage enfin l’accès réel à la fraîcheur. Une cour d’école, un arrêt de bus et un trajet quotidien ne remplissent pas la même fonction qu’un parc éloigné. La réussite se mesure aussi à la possibilité de traverser la ville, de travailler et de se reposer lorsque la chaleur s’installe. Le bon aménagement relie ce qu’une carte montre à ce que les personnes doivent pouvoir faire.


