Une réponse apparaît sur un écran et le travail semble immatériel. En réalité, des processeurs calculent, des serveurs stockent et des équipements évacuent de la chaleur. L’électricité alimente cet ensemble. Pour discuter sérieusement de l’empreinte de l’intelligence artificielle, il faut commencer par préciser ce que l’on compte : une requête, un modèle, un bâtiment ou tout un secteur.

Le rapport Energy and AI, publié par l’Agence internationale de l’énergie le 10 avril 2025, estime la consommation mondiale des centres de données à 415 térawattheures en 2024. Cela représente environ 1,5 % de l’électricité mondiale. Ce repère éclaire une échelle ; il ne mesure ni votre usage personnel d’un assistant, ni la consommation actuelle d’un projet particulier. Nos données proviennent de ce rapport, consulté le 7 octobre 2026.

LES ORDRES DE GRANDEUR

Une estimation. Une projection.

Consommation électrique mondiale de l’ensemble des centres de données, en TWh.

Deux valeurs aux statuts différents
PériodeÉlectricitéStatut dans le rapport 2025
2024415 TWhEstimation
2030945 TWhProjection du scénario de référence

Ces chiffres incluent tous les usages des centres de données. Ils ne mesurent pas l’IA seule. La projection n’est pas une observation.

Méthode et repères : Agence internationale de l’énergie . Rapport publié en avril 2025.

Un chiffre, plusieurs usages

Les centres de données ne travaillent pas uniquement pour l’IA. Ils hébergent aussi des services numériques, des bases de données et des applications d’entreprises. Attribuer leur consommation totale à l’intelligence artificielle reviendrait à faire disparaître ces autres usages. Une estimation spécifique doit préciser les machines, les tâches et les périodes retenues. L’entraînement d’un modèle et son utilisation répétée sont également deux étapes différentes.

Le vocabulaire compte autant que le nombre. Un watt décrit une puissance ; un wattheure décrit une quantité d’énergie utilisée pendant une durée. Un térawattheure correspond à un milliard de kilowattheures. La puissance maximale annoncée d’un centre ne devient donc pas automatiquement sa consommation annuelle : il faudrait connaître son fonctionnement réel dans le temps. Cette distinction évite de comparer une capacité de raccordement avec une facture énergétique.

2030 : une projection à lire comme telle

L’AIE projette environ 945 TWh pour les centres de données en 2030 dans son scénario de référence. L’IA est présentée comme le principal moteur de croissance, aux côtés d’autres services numériques. La différence avec 2024 représente un peu plus qu’un doublement. Le mot important reste « projette » : il dépend d’hypothèses sur le déploiement des équipements, l’efficacité des systèmes et l’évolution des usages.

Un gain d’efficacité ne garantit pas, à lui seul, une baisse de la consommation totale. Une tâche peut demander moins d’électricité tandis que le nombre de tâches augmente. Inversement, toute utilisation de l’IA n’a pas la même utilité ni la même intensité de calcul. Pour juger un service, il faut relier ses besoins aux bénéfices réellement obtenus et aux solutions qui auraient permis de remplir la même fonction.

L’échelle locale change la question

La moyenne mondiale raconte mal une implantation locale. Le rapport souligne que les centres se concentrent dans certaines régions et peuvent représenter une part importante de la demande sur leurs réseaux. La question devient alors très concrète : quelle puissance est disponible à cet endroit, quels travaux de raccordement sont nécessaires, qui les finance et à quel calendrier ? Un pourcentage mondial ne répond à aucune de ces questions.

Pour examiner un projet près de chez vous, cherchez d’abord son dossier de raccordement, son évaluation environnementale et les engagements publiés par l’exploitant. Vérifiez le périmètre des chiffres : électricité totale du site, refroidissement, puissance réservée ou usage effectif. Une communication sur de l’électricité renouvelable ne renseigne pas, à elle seule, sur toutes les contraintes horaires du réseau. Demander des définitions et des documents précis est le premier moyen de rendre le débat vérifiable.

Les documents à demander

Enfin, il faut conserver la date du scénario. Les valeurs de notre graphique décrivent le rapport de 2025 ; elles ne constituent pas une nouvelle prévision produite par L’Enjeu en octobre 2026. Pour suivre un chantier ou une annonce récente, notre dossier sur les infrastructures de l’IA complète ce cadre général avec des informations datées et des questions encore ouvertes.